Thématique n°18
Eugène Delacroix
« La couleur est par excellence la partie de l’art qui détient le don magique. Alors que le sujet, la forme, la ligne s’adressent d’abord à la pensée, la couleur n’a aucun sens pour l’intelligence, mais elle a tous les pouvoirs sur la sensibilité. » (Eugène Delacroix)
Dès sa première exposition à Paris l’an 1822, on a reproché son audace esthétique à Eugène Delacroix (1798-1863) ; en effet, le jeune Français de vingt-quatre ans, avec « La Barque de Dante », pour représenter les corps dénudés de damnés promis à la noyade, se sera bien fondé sur l’école classique – mais, dans le même geste, posant les bases de la peinture romantique : à savoir un usage débridé de la couleur devenant plus tard une référence pour les impressionnistes…
Provoquant un scandale lors de sa présentation au Salon du Carré du Louvre de 1827, le tableau de Delacroix intitulé « La Mort de Sardanapale » ne représente pas une orgie, mais un massacre planifié par Sardanapale – Assurbanipal en langue akkadienne –, roi légendaire de l’Assyrie antique, qui aurait vécu au VIe siècle avant Jésus Christ… – Assiégé par ses ennemis, Sardanapale, pour ne pas se rendre, aurait brûlé Ninive, sa capitale, afin de priver ses assaillants de ses richesses… – Jusqu’au-boutiste, le roi aurait décidé de se suicider en compagnie de ses concubines, chevaux et objets précieux afin d’échapper à l’ennemi en s’immolant avec Myrrha, sa favorite, dans son palais incendié…
Pour Delacroix la couleur domine le trait du dessin : « Une erreur de la peinture » selon l’influent critique d’art Jean Delécluze (1781-1863). En effet, contrairement aux règles académiques de son époque, Delacroix, peintre coloriste, avec « La Mort de Sardanapale », a décliné des personnages dont les contours corporels ne sont plus contenus à l’intérieur du trait du dessin mais délimités par la touche voluptueuse de la couleur… – Delacroix s’inspirant ici du maitre vénitien de la Haute Renaissance Le Titien (1488-1576), lequel ébauchait simplement son sujet au crayon, pour le révéler ensuite avec la seule matière picturale, étalant la couleur par touches successives (parfois même avec ses doigts) ; contrairement à Florence où l’on dessinait avant de peindre en respectant les contours du dessin préalable…
Si le personnage légendaire de Sardanapale, inspiré de l’un des derniers grands souverains de l’Assyrie antique (ancienne région du Nord de la Mésopotamie), a fasciné Delacroix : c’est aussi parce que ce souverain réputé débauché était un fin lettré passionné par les arts : la sculpture assyrienne atteignant son apogée sous son règne…
En outre, le roi Assurbanipal (Sardanapale en français) est crédité avoir fondé à Ninive la première bibliothèque rassemblant l’ensemble de la littérature cunéiforme connue, soit 20 000 tablettes d’argile – parmi lesquelles la célèbre « Épopée de Gilgamesh » : l’une des œuvres littéraires mésopotamiennes les plus anciennes de l’Humanité relatant la quête de sagesse du roi d’Uruk discourant entre autres à propos de la vie, la mort, l’amour : figure héroïque dont la réalité historique n’est pas attestée…
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